Quelles entreprises paient la taxe carbone ?

La taxe carbone en France ne fonctionne pas comme un impôt classique envoyé à chaque entreprise polluante. Elle prend la forme d’une composante carbone intégrée dans le prix des énergies fossiles, ce qui brouille la lecture : certaines entreprises la paient pleinement via leurs factures de gaz ou de fioul, d’autres en sont partiellement exonérées, et quelques-unes récupèrent même une partie du surcoût. Comprendre qui paie réellement suppose de distinguer trois mécanismes fiscaux qui coexistent.

Compensation des coûts indirects ETS : le remboursement que peu d’entreprises connaissent

Le système européen d’échange de quotas d’émission (EU ETS) impose aux grandes installations industrielles d’acheter des quotas pour chaque tonne de CO2 émise. Le prix de ces quotas se répercute aussi sur la facture d’électricité de toutes les entreprises, y compris celles qui n’émettent pas directement.

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La France a mis en place un dispositif de compensation des coûts indirects ETS, géré par l’ASP. Ce mécanisme rembourse une part du surcoût carbone supporté par les sites industriels électro-intensifs appartenant à des secteurs exposés à la concurrence internationale : chimie, papier, métaux non ferreux, entre autres. Ces secteurs figurent dans une annexe de la communication européenne 2020/C 317/04.

Pour l’aide au titre de 2025, le calcul repose sur un facteur d’émission de 0,51 tCO2/MWh et un prix moyen du quota ETS de 68,86 euros par tonne de CO2. L’intensité d’aide est plafonnée à 75 % des coûts indirects éligibles.

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Ces entreprises paient donc le carbone à travers leur facture d’électricité, mais en récupèrent une fraction substantielle. En revanche, une PME du tertiaire qui consomme la même électricité supporte le surcoût carbone sans aucun remboursement.

Comptable d'entreprise analysant les obligations fiscales liées à la taxe carbone dans un bureau moderne

Composante carbone et quotas ETS : deux circuits, deux populations d’entreprises

La confusion la plus fréquente consiste à mélanger la composante carbone (dite Contribution Climat-Énergie, CCE) et le marché de quotas européen. Ce sont deux dispositifs parallèles qui ne visent pas les mêmes acteurs.

Dispositif Qui paie Assiette Mécanisme
Composante carbone (CCE) Toute entreprise achetant des énergies fossiles (gaz, fioul, charbon) Contenu carbone du combustible Intégrée dans les taxes intérieures de consommation (TICPE, TICGN)
Quotas ETS Grandes installations industrielles et énergétiques dépassant un seuil d’émission Émissions directes de CO2 vérifiées Achat de quotas sur le marché européen
MACF (mécanisme d’ajustement carbone aux frontières) Importateurs de certains produits (acier, ciment, aluminium, engrais, électricité) Émissions incorporées dans les biens importés Achat de certificats MACF à partir de 2026

Une cimenterie française, par exemple, achète des quotas ETS pour ses émissions directes. En parallèle, si elle utilise du gaz naturel, elle paie aussi la composante carbone incluse dans la TICGN. Elle est donc doublement exposée à la tarification du carbone.

À l’inverse, une entreprise de services qui chauffe ses locaux au gaz paie la CCE sur sa facture sans le savoir, mais n’est pas concernée par le marché de quotas.

Exonérations et secteurs protégés en France

Le principe « pollueur-payeur » connaît de nombreuses exceptions. Plusieurs catégories d’entreprises bénéficient d’exonérations partielles ou totales de la composante carbone.

  • Les entreprises soumises au marché ETS peuvent être exonérées de la fraction CCE sur les combustibles utilisés dans leurs installations couvertes par des quotas, pour éviter une double taxation.
  • Le transport aérien intérieur et le transport maritime bénéficient historiquement de régimes fiscaux allégés sur le kérosène et le fioul lourd, bien que ces exemptions soient progressivement remises en question au niveau européen.
  • Certains usages agricoles du gazole (gazole non routier) font l’objet de taux réduits de taxe intérieure, ce qui diminue mécaniquement la part de composante carbone supportée par les exploitations.

Ces exonérations créent un écart notable entre la charge carbone théorique et la charge réelle. Les PME du bâtiment ou du transport routier supportent souvent une tarification carbone proportionnellement plus lourde que des secteurs à forte intensité d’émissions protégés par des dispositifs correctifs.

Chauffeur de camion dans un terminal logistique portuaire illustrant les transports soumis à la taxe carbone

MACF : la taxe carbone qui vise les importateurs à partir de 2026

Le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) ajoute une couche supplémentaire. Il cible les entreprises qui importent dans l’Union européenne des produits à forte intensité carbone : acier, ciment, aluminium, engrais et électricité.

Le principe est de soumettre ces importations à un coût carbone équivalent à celui que supportent les producteurs européens via le marché ETS. Les importateurs devront acheter des certificats MACF dont le prix sera aligné sur le cours des quotas européens.

Ce dispositif change la donne pour les entreprises françaises de négoce ou de distribution industrielle. Un importateur d’acier turc ou d’aluminium chinois devra intégrer un coût carbone qui n’existait pas auparavant dans sa structure de prix. Les secteurs concernés sont en phase de déclaration transitoire depuis 2023, avec une application financière complète prévue progressivement.

Qui supporte réellement le coût du carbone en France

La répartition effective de la charge carbone ne correspond pas à l’image d’une taxe ciblant les plus gros pollueurs. Les grandes installations industrielles couvertes par l’ETS reçoivent encore des quotas gratuits (en diminution progressive) et peuvent accéder à la compensation des coûts indirects. Les secteurs exonérés (aérien, maritime, certains usages agricoles) échappent en partie à la CCE.

Les entreprises qui absorbent la taxe carbone sans filet sont principalement celles du secteur diffus : transport routier, chauffage tertiaire, petite industrie non couverte par l’ETS. Ce sont aussi celles qui répercutent le surcoût sur leurs clients, et in fine sur les ménages. La composante carbone est gelée en France depuis plusieurs années à son niveau de 2018, mais la montée du prix des quotas ETS et l’arrivée du MACF redistribuent progressivement la pression vers de nouvelles catégories d’acteurs.

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