Pourquoi investir dans les économies émergentes peut-il être bénéfique ?

Les économies émergentes regroupent les marchés financiers de pays en développement dont la croissance dépasse structurellement celle des économies avancées. Investir dans ces marchés, c’est accéder à des zones où la démographie, l’urbanisation et l’adoption technologique créent des dynamiques absentes des portefeuilles centrés sur l’Europe ou l’Amérique du Nord.

Affaiblissement du dollar et taux directeurs : le levier macroéconomique

La plupart des argumentaires sur les marchés émergents mentionnent la croissance du PIB ou la taille de la population. Ils passent à côté d’un mécanisme plus déterminant pour le rendement réel d’un investissement : le contexte monétaire mondial.

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Amundi anticipe pour 2026 un affaiblissement du dollar et des baisses de taux de la Fed. Ce scénario change la donne pour les actifs émergents de deux façons concrètes.

  • La dette libellée en dollars, très répandue dans les pays émergents, devient moins coûteuse à rembourser quand le billet vert faiblit. Les entreprises locales dégagent alors davantage de trésorerie pour investir.
  • Un dollar moins fort rend les rendements des actifs émergents plus attractifs en devise locale, ce qui attire des flux de capitaux supplémentaires.
  • La baisse des taux américains réduit l’écart de rémunération entre obligations américaines et obligations émergentes, poussant les investisseurs à chercher du rendement ailleurs.

Ce mécanisme de vases communicants entre politique monétaire américaine et flux vers les marchés émergents est documenté sur plusieurs décennies. La période actuelle semble particulièrement favorable à ce transfert.

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Trois professionnels internationaux discutant d'opportunités d'investissement dans les marchés émergents autour d'une table de conférence dans un bureau moderne de Nairobi.

Valorisations décotées des actions émergentes face aux marchés développés

Les actions des marchés émergents se négocient avec une décote significative par rapport aux actions des marchés développés. Cette décote ne reflète pas uniquement un risque supplémentaire. Elle traduit aussi un biais d’allocation persistant des investisseurs institutionnels vers les grandes capitalisations américaines.

Amundi souligne que le risque de concentration dans les mégacapitalisations américaines plaide pour une diversification géographique. En pratique, une poignée de valeurs technologiques représente une part disproportionnée des indices boursiers mondiaux. Quand ces valeurs corrigent, les portefeuilles trop exposés subissent un choc symétrique.

Diversification et décorrélation

Ajouter des actifs émergents dans un portefeuille ne se résume pas à parier sur la croissance. L’objectif est aussi d’introduire des sources de rendement dont le comportement diffère de celui des actions européennes ou américaines.

Les marchés émergents réagissent à des facteurs locaux (politique intérieure, cycles de consommation domestique, réglementation sectorielle) qui n’ont parfois aucun lien avec les variables qui font bouger le S&P 500. Cette décorrélation partielle réduit la volatilité globale d’un portefeuille sur le long terme.

Intelligence artificielle et technologie : un relais de croissance au-delà des États-Unis

La percée du modèle chinois Deepseek a montré que des pays autres que les États-Unis pouvaient participer à la révolution de l’intelligence artificielle. Ce signal a des implications directes pour les investisseurs.

L’Asie émergente ne se limite plus au rôle de sous-traitant manufacturier. Des entreprises asiatiques développent leurs propres modèles d’IA, leurs propres infrastructures cloud et leurs propres écosystèmes de semi-conducteurs. Cette montée en gamme technologique modifie la nature même des actions disponibles sur ces marchés.

Consommation numérique et marques locales

La croissance technologique dans les pays émergents alimente un autre phénomène : l’essor de marques nationales portées par la consommation intérieure. Des plateformes de commerce en ligne, des fintechs et des opérateurs de paiement mobile captent une part croissante de l’activité économique locale.

Ces entreprises tirent leurs revenus du marché domestique, ce qui les rend moins sensibles aux tensions commerciales internationales. Pour un investisseur, cela représente une exposition à la croissance réelle de la classe moyenne émergente, pas seulement aux exportations.

Investisseuse asiatique tenant une tablette avec des données boursières sur une terrasse avec vue sur le quartier financier de Shanghai, illustrant les opportunités dans les économies émergentes.

Risques spécifiques à calibrer avant d’investir dans les marchés émergents

Aucun argumentaire sur les économies émergentes n’est complet sans un examen lucide des contraintes. Trois catégories de risques méritent une attention particulière.

Le risque politique et institutionnel reste le plus difficile à modéliser. Un changement de gouvernement, une modification brutale de la réglementation sur les capitaux étrangers ou une nationalisation sectorielle peuvent effacer en quelques semaines des mois de performance.

Le risque de liquidité constitue un frein concret. Sur certains marchés, les volumes d’échange quotidiens restent faibles. Sortir d’une position importante peut prendre du temps ou se faire à un prix dégradé.

Le risque de change, enfin, fonctionne dans les deux sens. Si l’affaiblissement du dollar profite aux actifs émergents, une crise locale peut provoquer une dépréciation rapide de la devise du pays concerné, annulant le rendement en euros.

Gestion active ou indicielle : le choix du véhicule

Face à ces risques, le choix du véhicule d’investissement compte autant que le choix du marché. Un ETF répliquant l’indice MSCI Emerging Markets offre une exposition large à plusieurs dizaines de pays, avec des frais réduits et une diversification mécanique.

La gestion active, en revanche, permet d’éviter certains pays ou secteurs jugés trop risqués à un moment donné. Les actions émergentes ont enregistré leurs meilleures performances depuis 2017 en 2025, devançant les marchés développés, selon M&G Investments. Cette surperformance a récompensé les investisseurs qui avaient maintenu leur exposition malgré les années de sous-performance précédentes.

Horizon de temps et allocation : le cadre pratique

L’investissement dans les économies émergentes se conçoit sur un horizon long, typiquement supérieur à cinq ans. Les cycles de ces marchés sont plus amples que ceux des marchés développés : les phases de hausse sont souvent plus marquées, tout comme les corrections.

La question de l’allocation se pose en pourcentage du portefeuille global. Trop faible, l’exposition ne produit aucun effet mesurable sur le rendement. Trop élevée, elle expose à une volatilité que peu d’investisseurs particuliers tolèrent réellement.

La confiance dans les marchés émergents et l’Asie atteint son plus haut niveau depuis plus d’une décennie, selon Aberdeen Investments. Ce regain d’intérêt institutionnel tend à soutenir les flux entrants et, par extension, les valorisations. Le moment actuel combine donc un environnement de taux favorable, des valorisations décotées et une dynamique technologique qui élargit l’univers d’investissement bien au-delà des matières premières ou de l’industrie lourde qui caractérisaient ces marchés il y a vingt ans.

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