Vous cotisez chaque mois pour votre retraite, mais savez-vous exactement ce que finance la ligne « retraite complémentaire » sur vos appels de cotisations ? Pour les artisans, commerçants et certains indépendants, cette ligne correspond au RCI, le Régime Complémentaire des Indépendants. Ce régime par points vient s’ajouter à la retraite de base du régime général pour constituer la pension versée au moment du départ.
Le RCI, un régime par points distinct de la retraite de base
Concrètement, la retraite d’un travailleur indépendant repose sur deux étages. Le premier, la retraite de base, fonctionne comme celle de tout salarié du régime général : elle se calcule à partir des revenus, de la durée de cotisation et du nombre de trimestres validés.
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Le second étage, c’est le RCI. Son principe est différent : chaque année, vos cotisations achètent des points de retraite complémentaire. Au moment du départ, ces points sont convertis en pension mensuelle grâce à une valeur de service fixée chaque année.
Le RCI est géré par l’Assurance retraite depuis 2020. Il est piloté par le Conseil pour la protection sociale des travailleurs indépendants (CPSTI). Créé en 2013, il résulte de la fusion de l’ancien régime complémentaire des artisans (RCO, né en 1979) et de celui des commerçants (NRCO, créé en 2004).
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Cotisations RCI : ce qui a changé avec l’assiette unique
Depuis le 1er janvier 2025, le calcul des cotisations RCI ne repose plus sur les anciennes assiettes. Il s’appuie désormais sur une assiette unique égale au revenu professionnel diminué d’un abattement de 26 %. Cet abattement est encadré par un plancher (1,76 % du PASS, soit 829 euros en 2025) et un plafond (130 % du PASS, soit 61 230 euros).
Pourquoi ce changement ? L’objectif affiché est d’harmoniser les bases de calcul entre tous les indépendants et de simplifier la lecture des appels de cotisations. En parallèle, les taux de cotisation ont été relevés.

Taux de cotisation applicables
Les taux sont les suivants :
- 8,1 % sur la part de l’assiette inférieure ou égale au PASS (47 100 euros en 2025), contre environ 7 % auparavant.
- 9,1 % sur la part comprise entre 1 et 4 PASS (jusqu’à 188 400 euros), contre 8 % auparavant.
Cette hausse des taux s’inscrit dans une logique assumée : augmenter les cotisations contributives de retraite pour ouvrir de meilleurs droits futurs, tout en réduisant la part non contributive de CSG-CRDS. En clair, vous payez un peu plus, mais ces cotisations supplémentaires génèrent des points de retraite complémentaire, donc une pension plus élevée à terme.
Calcul de la pension RCI : de l’accumulation des points au montant versé
Chaque année d’activité, vos cotisations RCI sont divisées par un prix d’achat du point fixé annuellement. Le résultat donne le nombre de points acquis pour l’année. Plus vos revenus sont élevés (dans la limite de 4 PASS), plus vous accumulez de points.
Au moment du départ en retraite, le calcul est simple sur le papier :
Pension annuelle = nombre total de points x valeur de service du point
La valeur de service du point est revalorisée chaque année par le CPSTI. C’est cette valeur qui détermine le pouvoir d’achat réel de vos points au fil du temps.
Décote et conditions de liquidation
Pour percevoir la pension complémentaire RCI à taux plein, il faut remplir les mêmes conditions d’âge et de durée d’assurance que pour la retraite de base. Un départ anticipé entraîne une décote sur le montant de la pension complémentaire.
La pension de réversion existe aussi au RCI : en cas de décès, le conjoint survivant peut percevoir une fraction de la retraite complémentaire du défunt, sous conditions de ressources et d’âge.
Pourquoi le RCI seul ne couvre pas le niveau de vie d’un indépendant
Vous avez peut-être remarqué que les montants de pension complémentaire RCI restent modestes par rapport aux revenus d’activité. C’est un constat partagé par la plupart des professionnels du secteur.
Plusieurs facteurs expliquent cet écart :
- Le RCI est un régime relativement jeune (le volet commerçants n’existe que depuis 2004), donc beaucoup d’indépendants n’ont accumulé des points que sur une partie de leur carrière.
- Le rendement du régime (rapport entre le prix d’achat du point et sa valeur de service) diminue progressivement, comme dans la plupart des régimes complémentaires par points.
- Les revenus déclarés par les indépendants sont souvent inférieurs à ceux des salariés à activité équivalente, ce qui réduit mécaniquement le nombre de points acquis chaque année.
Le RCI constitue un socle, pas un revenu de remplacement suffisant à lui seul. C’est la raison pour laquelle les dispositifs d’épargne retraite facultatifs comme le PER (Plan d’Épargne Retraite) prennent autant d’importance pour les travailleurs non salariés. Le PER permet de se constituer un capital ou une rente supplémentaire, avec un avantage fiscal à l’entrée puisque les versements sont déductibles du revenu imposable dans certaines limites.

Droits acquis avant le RCI : artisans et commerçants conservent leur historique
Si vous avez cotisé avant 2013 en tant qu’artisan ou commerçant, vos droits acquis dans les anciens régimes (RCO ou NRCO) ne sont pas perdus. Ils ont été intégrés au RCI et convertis en points selon des règles de correspondance.
Depuis le 1er janvier 2023, les droits acquis au régime d’assurance vieillesse complémentaire des entrepreneurs du bâtiment et des travaux publics (RCEBTP) ont également été migrés et convertis en points RCI. Aucun droit acquis n’a été supprimé lors de ces fusions successives.
Pour vérifier votre situation, le relevé de carrière disponible sur le site de l’Assurance retraite détaille le nombre de points RCI accumulés année par année. C’est le document de référence pour estimer votre future pension complémentaire et repérer d’éventuelles anomalies, sachant qu’un rapport récent de la Cour des comptes a rappelé que les erreurs de calcul sur les pensions ne sont pas rares.
Le RCI reste un pilier technique de la retraite des indépendants, mais sa mécanique par points demande un suivi régulier. Vérifier son relevé de carrière, comprendre l’impact des nouveaux taux de cotisation sur ses droits futurs et anticiper le complément nécessaire via un PER sont trois actions concrètes qui changent le montant final de la pension.

